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Polémique sur les Pygmées qui dansent le long de la Meuse wallonne

• LE MONDE | 30.07.02 | 16h58

Yvoir (belgique) de notre envoyé spécial

Le spectacle est assez inhabituel au bord de la Meuse wallonne : dans la cour du domaine de Champalle, à Yvoir, un petit groupe de Pygmées Bakas joue du tam-tam, danse et chante sous un inhabituel soleil de plomb. "C'est la petite saison sèche", sourit Roger Owono Zé, membre de l'association pour la promotion des actions humanitaires au Cameroun. Invité par l'association belge Oasis-Nature, soucieuse, affirme-t-elle, de collecter des fonds pour des points de captage d'eau, des dispensaires et des écoles, cet enseignant, dont la mère était pygmée, encadre huit Bakas venus construire un village de huttes, "présenter leur culture" et distraire quelques rares touristes. Depuis quelques jours, l'opération humanitaire est au cœur d'une polémique politico-médiatique. Jugeant dégradante et stéréotypée la présentation des populations concernées, le Mouvement des nouveaux migrants a lancé une campagne, une manifestation et déposé des plaintes pour obtenir la "libération" des "otages" de Champalle.

"Ils sont venus volontairement, avec enthousiasme ; ils dansent quand ils le veulent et arrêtent quand ils le veulent", affirme Owono Zé. "Nous sommes attaqués par des gens qui possèdent tout ici, en Belgique, mais n'ont jamais rien fait pour ces déshérités. Certains de ces activistes sont d'abord venus nous espionner et nous ont même félicités !" Quelques dizaines de personnes ont manifesté devant le domaine et ont promis de revenir pour exiger le démantèlement d'une exposition qu'ils décrivent comme colonialiste, rappelant les précédents de Paris et de Bruxelles, aux XIXe et XXe siècles, où les enfants jetaient des cacahouètes aux "nègres" en cage.

Louis Raets, organisateur de la manifestation, déclare ne plus rien comprendre. Il s'est rendu pendant deux mois au Cameroun où il a découvert la misère des Bakas, contraints de déserter leurs forêts et, privés de terres, réduits à survivre le long des routes et manquant de tout. Peuple de chasseurs, rétif à tout embrigadement, les Bakas auraient, en revanche, gardé le sens de la fête, souligne Owono Zé. D'où ces petits spectacles que les visiteurs aiment à photographier. "Nous avons rejeté tout amalgame, toute initiative commerciale", affirme Louis Raets. Ovide Monin, le maire du lieu, pense que ceux qui défilent pour les Pygmées feraient mieux de dénoncer les filières de prostitution africaine qui prospèrent en Wallonie.

Exhibant lettres de recommandation, visas, contrats d'assurance et certificats en tout genre, Roger Owono Zé espère que l'affaire en restera là. Il sait toutefois que le Centre pour l'égalité des chances, un organe fédéral chargé de la lutte contre le racisme, a été saisi de l'affaire. "Peut-être sommes-nous attaqués parce que des Belges refusent que leur argent soit destiné à un pays qui a été colonisé par la France et pas par eux", soupire-t-il.

Jean-Pierre Stroobants

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 31.07.02

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